Interview de Beer Bergman

Peux tu te présenter brièvement ?

Beer Bergman, 49 ans, néerlandaise, vivant en Poitou-Charentes depuis 1992, mariée, 2 + 4 enfants…, formatrice en réseaux sociaux et problématiques/opportunités du web en relation avec la société.

C’est grâce à une connexion Internet que j’ai pu rester et me développer dans des directions inattendues après mon arrivée en France, en 1992, dans un milieu plus que rural. La découverte, à partir de 1996, sur les « mailinglistes », de groupes internationaux de femmes qui rencontraient les mêmes problématiques que moi (comment développer une activité dont on ne sait que peu et qui ne rencontre pas un vif succès en milieu rural, alors que vous avez un enfant à élever…?) m’a donné une bouffée d’air et m’a confirmé dans la voie que j’avais empruntée… D’abord en agence de communication (presse et Internet) ensuite en tant que directeur/fondateur d’une entreprise d’enregistrement de noms de domaine, d’hébergement et de réalisation de sites web (avec une clientèle internationale et un support technique trilingue).

Depuis 2010, je fais ce que je faisais autrefois à Amsterdam, quand j’étais artiste peintre : observer le monde (l’atelier) et essayer de devenir acteur en sortant de mon « atelier », ou laboratoire, si vous voulez. Aujourd’hui, je consacre mon temps à la formation d’acteurs touristiques en réseaux sociaux/marketing 2.0, et j’interviens à Sciences Po Poitiers sur l’influence du web 2.0 et des réseaux sociaux sur la société. Pour l’année scolaire qui débute, je vais intervenir en milieu scolaire avec une formation aux personnels enseignants, non-enseignants, parents et élèves et ce au
niveau primaire, collège et lycée. Peut-être pas une première en France, mais en tous les cas des expériences qui sont pour moi aussi formatrices que pour mes stagiaires. A côté de cela, un livre en gestation, dont je garde de sujet confidentiel, mais résolument en lien avec ma passion, le web !

Et pssssst… pendant le temps des vacances, je gère également une petite activité touristique dans le sud Deux-Sèvres… vous pouvez en lire plus sur
http://www.lagrossetalle.com/fr . Cette activité me permet de rester enracinée et de vivre des expériences humaines absolument enrichissantes dans un univers que j’ai le bonheur de restaurer et de faire vivre.

Que penses-tu avoir apporté au livre « réussir avec les réseaux sociaux » ?

Je pense avoir apporté une vision « extra-française ». Etrangère de naissance et d’éducation, je le reste d’une certaine façon, car si l’acquisition et l’internalisation de la culture française est résolument en cours, mes racines néerlandaises se renforcent également avec les années… D’autant plus que ma génération (je suis née en 1962), dont certains de mes camarades d’autrefois jouent un grand rôle dans des processus d’innovation aux Pays-Bas, et le contact avec ces acteurs me donne le recul nécessaire et une grande envie de tirer le meilleur des deux cultures pour contribuer, à ma petite échelle, à l’innovation nécessaire en France. Par ailleurs, je m’intéresse à Internet, mais pas prioritairement aux aspects marketing ; c’est la société qui m’intéresse avant tout et l’interaction entre les hommes et les problématiques qui nous attendent. C’est pourquoi je suis à fond dans les théories sous-jacentes dans le domaine ‘classique’ (sociologie/philosophie) des réseaux sociaux et de l’innovation des systèmes structurants de notre société (santé, apprendre 2.0, …), ce qui a été source de discussion au sein du groupe pendant tout le projet.
C’est donc une voix parfois dissidente et têtue qui s’est exprimée pour contribuer à un équilibre qui, j’espère, a été constructif pour le projet final.

Qu’est ce qu’il t’a apporté ?
 

J’ai appris à connaître des personnes sympathiques, dont certaines avec qui j’ai pu travailler en plus étroite collaboration pour les parties qui nous avaient été confiées. J’ai particulièrement apprécié les sessions de lundi soir, où tous ceux qui étaient disponibles, se sont exprimés de plus en plus librement avec le temps. Une vraie réussite, en termes de collaboration qui m’a véritablement marquée, et des rencontres IRL en vue :-) !

Qu’est ce qui t’a attiré dans cette initiative de livre collaboratif ?

J’avais eu un bref contact avec Jean-François et je n’étais franchement pas d’accord avec quelques unes de ses idées. Alors quand il a lancé, peu après, ce défi d’un livre collaboratif à son réseau, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée de confronter nos idées et d’essayer de voir d’un peu plus près, non seulement en tant que lecteur, mais en tant qu’acteur, le pourquoi et le comment de nos divergences de vues. Tester, examiner et faire évoluer mes propres idées, voilà ce qui me motivait !

Par ailleurs, l’idée de collaborer à distance, chose que je faisais déjà avec mes clients et fournisseurs, m’a évidemment séduite, car je suis une adepte de la règle de la cohérence entre la forme et le fond. Et puis, je suis convaincue que c’est une des tendances lourdes qui s’annonce.

Selon toi, quelles sont les principales problématiques de développement liées à internet ?

Il y a pour commencer la partie technique : pour que l’ensemble des personnes qui le souhaitent aient une connexion fiable et suffisante, il va falloir prendre des décisions audacieuses. Mais le vrai défi est situé au niveau de la formation et de l’acquisition de la culture Internet, tout en travaillant à l’émergence de nouvelles éthiques, comme l’ont souligné le philosophe français Michel Puech ou encore le sociologue Manuel Castells.
Les principales problématiques de développement liées à Internet ne sont donc pas forcément toutes de nature technique, mais se situent plutôt dans le champ de l’humain ou mieux encore, l’inter-humain et entre l’humain et l’artefact. Et me voilà plongée dans une réflexion autour des espaces, de nos relations, de nos facultés d’innovation, car c’est de cela dont le monde aura besoin : de nouvelles communautés, de liens intergénérationnels, de l’émergence de nouvelles façons de communiquer et d’exister.

Quelles seront les tendances en matière de communication sur internet ces prochaines années ?

Les tendances en matière de communication sur Internet sont sous-tendues par la mobilité, la synchronisation des données en temps réel et la géolocalisation. Elles favoriseront la prise de parole plus féroce des groupes qui se sentent oubliés, des citoyens, des clients, des « co-créateurs ». Il va donc falloir réapprendre à communiquer, plus librement, avec des notions revisitées en matière de transparence, mais tout en respectant les règles de vie commune. On va certainement voir l’émergence de nouvelles plateformes, et ce qui me semble prioritaire, c’est de comprendre et faire comprendre aux acteurs, jeunes ou moins jeunes, les structures sous-jacentes, pour que l’expression se déroule dans de bonnes conditions. L’espace du web se crée et se structure là, maintenant, et pour ceux qui souhaitent qu’il soit à leur image : mieux vaut y être !

Est-ce que les réseaux sociaux apportent un plus en matière de formation ?

Oui, les réseaux sociaux peuvent apporter un plus en matière de formation, mais uniquement quand on les considère comme la partie « conversation » des technologies du Web 2.0 et des nouvelles habitudes qui sont nées en conséquence. Car ce sont les technologies qui nous permettent de réaliser des opérations absolument hallucinantes en termes de technicité : la synchronisation en temps réel, la géolocalisation, ce sont des prouesses qui nous permettent de créer de nouveaux espaces de formation, aussi bien au sein des institutions qu’en dehors. Mais, ce sont
les gens qui formulent à l’heure d’aujourd’hui et suite aux opportunités qu’offrent les réseaux, leurs nouveaux besoins et qui font émerger, parfois en balbutiant, les nouvelles voies à développer.
Nous devons prendre en compte que les maisons, tout comme les écoles, sont devenues « poreuses » : par une autre grande révolution de notre temps, les téléphones mobiles, et encore plus les smartphones, les jeunes ont trouvé une grande liberté pour créer des liens, pour profiter d’un support moral et technique, des sources d’information et d’outils de création sans que leurs parents et les institutions classiques peuvent les « contrôler ». Ceci constitue souvent un apprentissage à part entière qui se consolide et peaufine sur les réseaux sociaux. Il a été prouvé que cet apprentissage parallèle, en dehors des institutions classiques de formation, fonctionne bien et parfois mieux… Il va donc falloir prendre en compte toutes ces nouvelles données pour repenser la formation de A à Z, pour essayer de formuler des propositions viables, démocratiques et plus égalitaires pour l’avenir, en se basant sur les tendances lourdes : le « cloud », la mobilité, l’intergénérationnel, et les réseaux sociaux, pour en citer quelques-unes.
Une longue route a été accomplie depuis l’apparition de « Deschooling Society » de Ivan Illich en 1970 (et la réponse n’est pas l’abandon de l’école à mon avis), mais le plus grand chantier reste devant nous !

 

A propos de l'auteur

Régulièrement sollicité pour intervenir dans les médias (journaux, radio, tv) et dans les conférences (Medef, Women’s Forum, Hub Forum, …) Jean-François Ruiz est aujourd’hui un des experts les plus reconnus en france sur le sujet des réseaux sociaux.